Faire genre

Série de 14 podcasts de Laurène Daycard, Binge audio

Une fois par mois, la journaliste Laurène Daycard convie un·e chercheur·euse parmi les plus pointu·e·s sur les questions de genre : philosophes, sociologues, anthropologues, littéraires et politistes… pour apprendre, douter aussi parfois, et surtout mieux penser en profondeur la société. Un podcast de Binge audio et de L’Institut du genre.

#1 S’extraire de la binarité – Emmanuel Beaubatie

Le féminin et le masculin sont-ils des territoires distincts séparés par une frontière ?  Si l’on considère le genre comme un rapport social de pouvoir tout aussi puissant que la classe, le parcours des personnes trans’, d’une classe de dominées à une classe de dominants, ou inversement, ne pourrait-il pas être analysé en termes de transfuge de sexe ?

Laurène Daycard reçoit le sociologue Emmanuel Beaubatie pour explorer la puissance de la binarité à l’aune des parcours des personnes dites «  trans’  » dans notre société patriarcale.

#2 Le « care » : radicaliser le féminisme – Sandra Laugier

L’attention à autrui est-elle une capacité typiquement féminine ? Et valoriser les qualités de souci des autres et les activités de soin, est-ce vraiment féministe ?

Pour la philosophe Sandra Laugier, l’éthique du «  care  », loin d’essentialiser une distinction femme/homme, permet au contraire de mettre en évidence les problèmes que doivent affronter les femmes en matière de sexisme et d’inégalités et finalement de revendiquer une autre forme de moralité.

#3 La « performativité » : genre, mascarade et jeux de rôles – Anne-Emmanuelle Berger

Le terme « performativité » vient de l’anglais « to perform » qui signifie à la fois « jouer » et « interpréter », et évoque donc le monde du spectacle, la scène, le théâtre. Il suggère que le genre est aussi un rôle, une imitation, un jeu de masques, induit par les codes sociaux différenciés et intériorisés avec le temps. Et si le féminin et le masculin étaient des idéaux inatteignables, des rôles que nous ‘performons’ à chaque instant, sans jamais être totalement « homme » ou totalement « femme » ?

C’est ce qu’explique la Professeure émérite de littérature française et d’études de genre, Anne-Emmanuelle Berger, dans ses travaux de recherche et dans ce nouvel entretien en revenant sur toutes les théories et questionnements au fondement de cette notion qui s’applique aussi bien aux actes qu’à la parole, à la vie de tous les jours qu’aux représentations.

#4 On ne naît pas féministe – Florence Rochefort

Suffragettes, radicales, intersectionnelles, universalistes… Que signifie « être féministe » ? Y a-t-il une seule bonne façon de l’être aujourd’hui ? Et quelles sont les différences notables entre les générations de militantes ?

Ces questions fréquentes impliquent de revenir sur la naissance de ce terme, sur l’histoire des luttes mais aussi sur la pluralité et la spécificité des mouvements féministes à travers le monde. L’historienne Florence Rochefort, chercheuse au CNRS, nous accompagne dans ce voyage.

Si la métaphore des « vagues féministes » met en avant des ruptures dans la manière de lutter au cours des décennies, celle-ci cache toutefois les combats sous-jacents et continus tournés vers un grand objectif : construire un « nous femmes », une catégorie non pas fondée sur du biologique mais sur une condition commune de victimes d’inégalités de genre.

#5 L’hétéronormativité : en fait et en droit – Lisa Carayon

Quelle est la place du droit français dans la construction des rapports sociaux de sexe ? En quoi le concept de genre peut-il nous aider mettre en questions le principe d’égalité inscrit dans la constitution française ?

Pour la chercheuse en droit Lisa Carayon, les normes juridiques actuelles supposent encore que les hommes et les femmes existent en couple et font famille ensemble. Pensé et construit à travers l’histoire par une majorité d’hommes blancs, cisgenres et hétérosexuels, le droit produit et hiérarchise des catégories d’individus et participe aux mécanismes de domination à l’œuvre. Ainsi, le droit n’enregistre pas une réalité qui serait naturellement hétérosexuelle, il la crée. Il est donc au fondement de l’hétéronormativité.

#6 Aux sources du Patriarcat – Salima Naït Ahmed

Comment définir « le Patriarcat » ? Et comment s’y prendre pour déconstruire l’idée de « mythe patriarcal » encore souvent évoqué, et expliquer la persistance de ce système dans nos sociétés capitalistes où l’exploitation des femmes et des minorités demeure ?

La chercheuse Salima Naït Ahmed, Docteure agrégée de philosophie et spécialiste de la Théorie critique allemande et de l’École de Francfort, revient sur cette problématique.

#7 Intersectionnalité : toutes les dimensions de la domination – Francine Nyambek Mebenga et Fanny Gallot

«  Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses  ». Le titre de l’ouvrage sur le Black Feminism de Gloria Hull, Patricia Bell Scott et Barbara Smith exprime l’invisibilisation des expériences de racisme imbriquées au sexisme, mais aussi à la classe, l’âge ou la validité.

C’est pourquoi la pensée intersectionnelle, introduite par la juriste Kimberlé Crenshaw en 1989 et popularisée ces dernières années, offre une nouvelle perspective permettant d’enrichir les recherches en études de genre et de mieux décortiquer les mécanismes des systèmes oppressifs et discriminants à l’œuvre dans nos sociétés, notamment dans le milieu éducatif.

Dans cet épisode Laurène Daycard reçoit les enseignantes-chercheuses Francine Nyambek Mebenga et Fanny Gallot pour revenir en détail sur le concept d’intersectionnalité qui fait l’objet de nombreux malentendus et continue à générer le débat, parfois même des crispations, au sein des sphères universitaire, médiatique, politique ou militante.

#8 Cinquante nuances de l’émancipation – Delphine Chedaleux

Quels liens établir entre féminisme, genre et culture populaire ? En d’autres termes, combien sommes-nous à penser que regarder Les feux de l’amour ou lire Fifty Shades of Grey, a fortiori lorsqu’on est une femme, nuit à notre respectabilité, voire nous aliène ?

En décryptant ce qu’elle nomme la «  subculture féminine  », la chercheuse Delphine Chedaleux, historienne des médias, nous offre des clés pour réfléchir à la fonction des produits culturels, plus complexes qu’il n’y paraît, pour interroger les normes de genre et penser les différentes modalités de l’émancipation.

#9 Quand les femmes objets deviennent sujets – Estelle Ferrarese

Comment dès lors devenir un sujet après avoir été si longtemps reléguée à une position d’objet ? D’où vient la notion de sujet en philosophie, et comment a-t-elle infusé nos représentations morales, politiques ou économiques ? Dans quelles mesures les femmes peuvent-elles paradoxalement participer à leur propre objectivation ?

Pour décortiquer la notion de subjectivation dans une perspective de genre, Laurène Daycard reçoit Estelle Ferrarese, professeure de philosophie morale et politique à l’Université de Picardie Jules Verne et directrice sortante de l’Institut du Genre.

#10 Féminicide : mécaniques d’un crime genré – Margot Giacinti

Comment identifier un féminicide ? Quelle est l’histoire de ce terme, comment s’est-il imposé dans le débat public et juridique ? Quelles sont les mécaniques du crime de féminicide ?

La chercheuse Margot Giacinti, docteure en science politique de l’ENS de Lyon, a décortiqué  les archives judiciaires du Rhône sur la période de 1791 à 1976 pour rédiger sa thèse : Quand il n’y a pas mort d’hommes : Socio-histoire du féminicide en France soutenue en 2023.

#11 Scènes de désirs et de fantasmes – Mathieu Trachman

Est-ce que la pornographie influence nos désirs, ou est-ce l’inverse ? Quelle est la différence entre désir et fantasme ? Comment opèrent les processus d’érotisation ? Que signifie être “pris·e” dans le fantasme d’un·e autre ? Désirer nous définit-il comme sujets ? Comment la naturalisation du désir justifie-t-elle des violences ?

Mathieu Trachman, sociologue à l’INED et enseignant à l’EHESS. met en regard ses observations du fonctionnement de cette industrie avec les analyses féministes du male gaze, du fétichisme ou encore de l’échange économico-sexuel.

#12 Changer les règles du jeu : la mixité à l’école – Loïc Szerdahelyi

Quand et comment la mixité s’est-elle mise en place à l’école en France ? Pourquoi les stéréotypes de genre persistent-ils, voire s’accentuent-ils dans les cours d’EPS, malgré la mixité ? Comment créer des environnements scolaires plus inclusifs et équitables ? 

Loïc Szerdahelyi, maître de conférences en STAPS à l’Université Claude Bernard Lyon 1, qui retrace la construction de la mixité à l’école et souligne ses apports comme ses limites pour faire advenir une égalité réelle entre les élèves.

#13 Naturaliser l’infériorité des femmes – Nahema Hanafi

Par quels arguments les discours scientifiques et médicaux des Lumières ont-ils légitimé les différences entre hommes et femmes et leur hiérarchisation ? Comment rendre compte de ce processus de naturalisation et de normalisation ? Quelles contraintes de genre et quelles pathologies cette naturalisation génère-t-elle ? Quelles traces de ce processus subsistent dans notre société actuelle ?

L’historienne Nahema Hanafi, membre du laboratoire TEMOS et du Conseil scientifique de l’Institut du Genre, qui explique comment les savoirs du XVIIIe siècle reflètent la domination masculine de l’époque, mais aussi la domination raciale et un certain ordre du genre.

#14 Mécanismes d'(in)visibilisation : où sont les femmes artistes ? – Magali Nachtergael

Quelles sont les différences entre invisibilité, oubli et invisibilisation ? Quels ont été les phénomènes et processus à l’œuvre de la Renaissance à nos jours ? En quoi le XIXe siècle constitue-t-il l’apogée et un moment pivot en termes d’effacement des œuvres féminines ? Qu’est-ce qui permet de voir autrement et de faire surgir au regard des œuvres invisibilisées ? Comment réintégrer le point de vue féminin dans l’écriture de l’histoire culturelle et faire passer les femmes de sujets à actrices sociales ?

Pour répondre à ces questions, Laurène Daycard reçoit Magali Nachtergael, professeure à l’Université Bordeaux Montaigne, responsable du parcours en études de genre et membre du Conseil scientifique de l’Institut du Genre.

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