Dans la police, la domination virile « empêche l’institution de se réformer »
Entretien avec Jérémie Gauthier, Basta !, septembre 2026
Culte de l’intervention musclée et du rapport d’autorité, dévalorisation des tâches reposant sur l’écoute et l’empathie : la domination des valeurs viriles structure l’organisation de la police. (…) Jusqu’à la fin des années 1970, la police était quasi intégralement composée d’hommes. Aujourd’hui encore, les femmes ne représentent que 30 % des effectifs de la police dite de « sécurité publique » et leur répartition est inégale : marginale dans les unités où l’utilisation de la force physique est centrale, leur présence est plus marquée dans les services administratifs et aux postes de commandement, comme, par exemple, ceux de commissaire. Dans les rangs des polices municipales, cette inégalité est davantage marquée, avec environ 20 % de femmes. Le fossé est plus flagrant encore au sein des élites policières du pays : depuis la Seconde Guerre mondiale, une seule femme a occupé le poste de ministre de l’Intérieur. Mais à quoi conduit cette surreprésentation masculine ? A-t-elle un effet sur la manière dont fonctionne l’institution, dont le métier est pratiqué ? Peut-on réformer la police sans remettre en cause ce monopole viril ? Entretien avec le sociologue Jérémie Gauthier.

Basta! : Dans vos enquêtes avec Mathilde Darley, vous avez décidé d’observer la police à travers le prisme du genre. Qu’avez-vous constaté ?
Le genre constitue un principe organisateur du travail policier, selon au moins trois aspects. Il structure la hiérarchie interne dans la police, il contribue à définir ce qui est perçu comme le « vrai » travail policier et, enfin, il participe de la sélection des populations cibles de la police.
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Vous dites également que la domination du pôle viril au sein de la police empêche l’institution de se réformer. Pourquoi ?
Il s’agit avant tout d’une hypothèse mais il nous semble que cette domination des pratiques et des représentations associées à des valeurs masculines viriles contribue au surinvestissement des outils coercitifs classiques, à la dévalorisation de compétences centrées sur la résolution des conflits, la réponse à la demande sociale ou encore l’accompagnement des victimes, et, enfin, à la focalisation sur les déviances masculines dans l’espace public.
Les travaux de sociologie ont souvent montré que, contrairement à ce qu’on peut, par exemple, observer en Allemagne ou au Royaume-Uni, la police française se caractérisait par un style particulièrement répressif, davantage orienté vers la défense des intérêts de l’État que vers ceux du public.
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Entretien complet sur le site du media Basta!
Sociologue à l’université de Strasbourg, Jérémie Gauthier est membre du laboratoire Lincs et chercheur associé au laboratoire Ceri. Une des dimensions de ses recherches porte sur les questions de virilisme et de genre au sein de la police. Son travail sur ces thématiques repose principalement sur des enquêtes ethnographiques, mêlant observation directe et entretiens approfondis, menés seuls ou en binôme, avec la chercheuse Mathilde Darley. Il a codirigé, avec Fabien Godard, l’ouvrage Police : questions sensibles (PUF Vie des idées, 2018, 9,50 €).
