Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité
Rapport du Défenseur des droits, février 2026
Les jeunes dans leur ensemble déclarent davantage de discriminations que le reste de la population. Certains d’entre eux sont particulièrement exposés, en raison de leur origine, réelle ou supposée. En effet, un quart des jeunes de 15 à 26 ans immigrés, descendants d’immigrés, nés en outre-mer, déclarent avoir subi une discrimination liée à l’origine ou à la couleur de peau au cours des cinq dernières années . Dans un contexte de forte stigmatisation d’une partie de la jeunesse, ces discriminations se nourissent de préjugés racistes et de stéréotypes négatifs persistants, comme ceux associant les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs à la délinquance.
Les propos et comportements haineux sont particulièrement en hausse pour les jeunes perçus comme juifs ou musulmans à l’école comme l’université.
Les discriminations liées à l’origine réelle ou supposée marquent le quotidien des jeunes (des études jusqu’aux loisirs en passant par l’accès aux soins ou les contrôles d’identité) et entravent toutes les étapes de leur insertion et de leur autonomisation (accès au stage, à l’emploi, au logement…).
Ainsi, la nationalité et l’origine sont les principaux critères de discrimination rapportés par les étudiants déclarant avoir subi un traitement défavorable à l’université (pour 24% d’entre eux).
Un jeune actif perçu comme originaire d’outre-mer ou d’Afrique subsaharienne a 40 % de chances en moins d’obtenir une réponse positive pour un logement qu’un candidat perçu comme d’origine française ancienne, un jeune actif d’origine maghrébine 37 % en moins et un jeune actif perçu comme asiatique 20 %.
41 % des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins déclarent avoir été discriminés dans la recherche d’emploi au cours des 5 dernières années, et 33 % dans le déroulé de carrière, contre respectivement 18 % et 27 % des jeunes perçus comme blancs .
Ces discriminations produisent des effets concrets et délétères : surexposition au chômage et insertion professionnelle plus difficile, précarité sociale et résidentielle, difficultés d’accès au logement et aux soins, contrôles policiers répétés, relations dégradées avec les forces de sécurité et accès restreint à la culture et aux loisirs.
Les discriminations liées à l’origine auxquelles sont exposés ces jeunes ne se résument pas à des expériences ponctuelles ou individuelles : elles se caractérisent par leur dimension cumulative et systémique et entravent durablement les parcours de vie de ces jeunes à un moment décisif de construction des trajectoires scolaires, professionnelles et sociales. Elles reproduisent et amplifient des inégalités sociales existantes, érodent la confiance dans les institutions et affaiblissent le sentiment d’appartenance à la société.
Des recommandations pour avancer enfin vers l’égalité
Face à ces constats, la Défenseure des droits appelle à la mise en œuvre d’une véritable stratégie de la lutte contre les discriminations fondées sur l’origine dans tous les domaines de la vie des jeunes, au niveau national comme à l’échelon des territoires. Pour la Défenseure des droits, ce sujet devrait être une priorité des politiques publiques afin de restaurer la confiance et garantir à chaque jeune une pleine participation à la vie sociale, économique et citoyenne.
C’est pourquoi elle formule 12 recommandations générales et une série de recommandations spécifiques par domaine destinées tant aux pouvoirs publics qu’aux acteurs professionnels en contact avec les jeunes.
Elle appelle notamment à :
- renforcer la connaissance et la mesure des discriminations fondées sur l’origine dans le parcours de vie des jeunes ;
- renforcer l’information des jeunes sur les discriminations, leurs droits et les voies de recours, notamment via des campagnes d’information et de communication ;
- améliorer, mieux faire connaître et évaluer les dispositifs de signalement interne des structures publiques et privées (entreprises, administrations, établissements d’enseignement supérieur) en cas de discriminations.
Parmi les recommandations spécifiques, la Défenseure rappelle le caractère essentiel des deux recommandations suivantes :
- garantir la non-discrimination dans l’accès aux stages ou à l’alternance par la double responsabilité des employeurs et de l’institution scolaire ou universitaire et assurer un accompagnement individuel pour l’obtention d’un stage ou d’un apprentissage ;
- mettre en place un dispositif d’évaluation de la pratique des contrôles d’identité, assurer leur traçabilité et supprimer le terme « indésirables » de tout logiciel ou document de la police nationale.
Télécharger le rapport et un éclairage sur les trajectoires et expériences professionnelles des descendants d’immigré.es déplômé.es du supérieur sur le site du Défenseur des Droits.

